La Ferme du GAPS

À Rochecolombe, la Ferme du GAPS cultive bien plus que du fromage

À Rochecolombe, en Ardèche, la Ferme du GAPS n’est pas seulement un élevage de chèvres. C’est un lieu de vie, un choix d’existence et une manière d’habiter un territoire. Depuis leur installation en 2019, Mélina Chaléat, Damien Réné et Mickaël Réné y développent une agriculture à taille humaine, attentive aux animaux, au paysage et aux consommateurs.

Ici, l’agriculture n’est pas envisagée comme une simple activité professionnelle. Mélina le dit avec simplicité : « L’agriculture, c’est un mode de vie. » Une vie exigeante, sans week-ends réguliers ni longues vacances, mais une vie choisie. Une vie où l’on travaille tôt, tard, souvent tous les jours, mais où l’on garde aussi une forme de liberté : celle d’habiter sur place, de voir grandir les animaux, de travailler en famille et de transmettre à leur fille un rapport concret au vivant.

Une reconversion devenue évidence

Avant de devenir éleveuse et fromagère, Mélina était technicienne de rivière. Damien était maçon-charpentier, Mickaël plombier-chauffagiste. Leur installation à la Ferme du GAPS marque donc une véritable reconversion. Mais pas une rupture totale : Mélina avait des grands-parents agriculteurs, Damien et Mickaël avaient toujours gardé un lien avec le monde rural.

Le projet s’est construit progressivement, avec des formations au Pradel, des stages, puis l’apprentissage quotidien du métier. Les premières mises bas ont eu lieu au printemps 2020, en plein confinement. Une entrée en matière difficile, mais fondatrice.

Depuis, la ferme s’est organisée autour d’un troupeau d’environ 180 chèvres alpines, choisies pour leur rusticité et leur adaptation au territoire ardéchois.

Une agriculture raisonnée, sans chercher l’étiquette

La Ferme du GAPS n’est pas labellisée bio, et ce choix est assumé. Non pas par manque d’exigence, mais parce que les éleveurs préfèrent concentrer leurs efforts sur leurs pratiques réelles plutôt que sur une certification coûteuse.

Mélina résume leur approche ainsi : ils veulent faire « quelque chose de propre, qui plaise aux gens », sans augmenter inutilement le prix des produits. Leur logique est celle d’une agriculture raisonnée : pas d’engrais systématiques, pas de traitements inutiles, pas de vaccination automatique si elle n’est pas justifiée, des analyses avant intervention lorsque c’est nécessaire.

L’objectif est clair : produire un fromage de qualité, accessible, en respectant les animaux, les sols et les consommateurs.

Les chèvres, les bois et l’éco-pâturage

La ferme s’étend sur environ 225 hectares, un espace considérable à l’échelle du territoire. Les chèvres, mais aussi les vaches, participent à l’entretien des milieux naturels. Ce rôle est particulièrement important en Ardèche, où le risque incendie est une préoccupation majeure.

Les animaux contribuent à maintenir les bois plus ouverts, à limiter l’embroussaillement et à nettoyer certaines zones. Mélina et Damien évoquent notamment l’idée de véritables zones de protection le long des routes, qui pourraient jouer un rôle de pare-feu naturel.

Cet éco-pâturage n’est pas présenté comme un slogan, mais comme une conséquence directe de leur manière de travailler : les animaux vivent avec le territoire, le parcourent, l’entretiennent et le transforment.

Le quotidien d’un élevage vivant

À la Ferme du GAPS, les journées sont rythmées par la traite, l’alimentation, les soins, les mises bas, la fromagerie, les marchés et l’administratif. Chacun a son rôle : Mickaël s’occupe principalement des chèvres adultes, de la traite, des vaches et du gîte ; Damien prend en charge les terres, les bâtiments, le matériel et une partie de la vente ; Mélina gère les chevreaux, la fromagerie et l’administratif.

Les chèvres alpines sortent dès que possible. Elles pâturent, explorent les bois, reviennent d’elles-mêmes quand vient l’heure de la traite. Ce sont des animaux sociaux, curieux, attachants. Mélina le raconte avec humour : les chèvres peuvent suivre des promeneurs ou s’intéresser à un groupe de cyclistes simplement parce qu’elles aiment la présence humaine.

Des fromages artisanaux, entre tradition et créativité

Le lait est transformé à la ferme, en lait cru, selon une méthode artisanale. Après réception, filtration, ajout de lactosérum et de présure, le lait caille lentement. Le caillé est ensuite moulé, égoutté, salé, séché puis affiné.

La ferme propose plusieurs formes et degrés d’affinage : faisselles, fromages frais, demi-secs, crémeux, secs, tommes, bûchettes, cœurs. Mélina développe aussi une production plus personnelle à partir d’un caillé égoutté en toile et salé dans la masse. Cette technique donne une pâte plus mousseuse, plus longue en bouche, avec une évolution différente à l’affinage.

C’est là que s’exprime la signature de la Ferme du GAPS : une base traditionnelle, mais une liberté de création. Mélina aimerait encore élargir la gamme : camembert de chèvre, bleu de chèvre, yaourts, glaces… Le temps peut manquer mais les idées sont là…

 Une ferme ouverte sur son territoire

La Ferme du GAPS vend en circuits courts : marchés, vente à la ferme, magasin de producteurs, événements locaux. Les marchés réguliers incluent notamment Villeneuve-de-Berg, Ruoms et Aubenas selon les périodes. La ferme communique aussi via sa page Facebook.

La vente directe est essentielle : elle permet le lien avec les clients, l’explication du produit, le dialogue. Mélina insiste sur une idée forte : les autres producteurs ne sont pas vus comme des concurrents, mais comme des confrères. Chaque fromage porte la main de celui ou celle qui le fabrique.

La ferme dispose aussi d’un petit gîte, véritable porte d’entrée vers la vie agricole. Les visiteurs peuvent découvrir la traite, les animaux, la fromagerie, et parfois être guidés avec enthousiasme par la fille de la famille. Le « Gîte à la ferme » est une activité qu’ils souhaitent développer.

Une liberté dans les contraintes

Ce qui ressort le plus de la rencontre, c’est l’équilibre singulier entre dureté du métier et joie de vivre. Les journées peuvent commencer à 5 h et se terminer à 23 h. Les vacances sont rares. Pourtant, Mélina ne regrette rien.

Elle parle d’une « liberté dans les contraintes » : la liberté d’organiser son travail, d’être au contact des animaux, de voir immédiatement le résultat de ses gestes, de vivre au rythme des saisons.

Même la musique a sa place dans la fromagerie et auprès des animaux. Mélina allume la radio en arrivant : travailler dans une bonne énergie, dit-elle, compte aussi pour les bêtes.

Conclusion : un lieu, un fromage, une manière de vivre

La Ferme du GAPS raconte une Ardèche vivante, agricole, inventive et profondément humaine. Elle montre qu’une ferme peut être bien plus qu’un lieu de production : un espace d’entretien du paysage, de transmission, d’accueil, de gastronomie et de lien social.

À Rochecolombe, Mélina Chaléat, Damien Réné et Mickaël Réné ne produisent pas seulement du fromage de chèvre. Ils défendent une manière de vivre leur métier : avec exigence, simplicité, respect du vivant et attachement au territoire.